Combien de pays y a-t-il dans le monde ?
On vous a probablement appris 195. Vous avez peut-être lu 193, 197, ou même 249. Aucun de ces chiffres n'est faux : ils répondent simplement à des questions différentes.
C'est la question la plus simple de la géographie, et celle qui n'a pas de réponse unique. Le nombre de pays du monde n'est pas une donnée que l'on mesure, comme l'altitude d'une montagne : c'est le résultat d'une convention. Et les conventions changent selon qui compte, et pourquoi.
Voici les chiffres que vous croiserez, ce que chacun recouvre exactement, et lequel utiliser selon la situation.
193 : les États membres de l'ONU
C'est le chiffre le plus rigoureux, et le plus facile à vérifier. 193 États sont membres de l'Organisation des Nations unies. Chacun dispose d'une voix à l'Assemblée générale, d'un drapeau devant le siège de New York, et d'une reconnaissance internationale qui ne se discute pas.
Ce nombre bouge très lentement. Le dernier arrivé est le Soudan du Sud, admis le 14 juillet 2011, quelques jours après son indépendance du Soudan. Avant lui : le Monténégro en 2006, après sa séparation d'avec la Serbie, et le Timor oriental en 2002. La même année, la Suisse a rejoint l'ONU — elle était restée volontairement à l'écart pendant plus d'un demi-siècle par tradition de neutralité, tout en accueillant à Genève une bonne partie des agences onusiennes.
Si votre question est « combien d'États souverains le monde reconnaît-il collectivement ? », 193 est la meilleure réponse.
195 : en ajoutant les deux observateurs
Deux entités disposent à l'ONU d'un statut d'État observateur non membre : elles siègent, prennent la parole, participent aux débats, mais ne votent pas à l'Assemblée générale.
- Le Saint-Siège (couramment appelé le Vatican). L'État de la Cité du Vatican est le plus petit État du monde : moins d'un demi-kilomètre carré au cœur de Rome.
- La Palestine, dont le statut d'État observateur a été reconnu par l'Assemblée générale en novembre 2012.
193 + 2 = 195. C'est le chiffre retenu par la plupart des manuels scolaires, des atlas et des jeux de géographie, dont GeoG. Il a l'avantage d'être stable, sourcé, et de ne prendre parti dans aucun conflit de reconnaissance.
197, 200, 204… : les États partiellement reconnus
Au-delà de 195, on entre dans le domaine des cas discutés. Plusieurs territoires fonctionnent comme des États — gouvernement, territoire défini, population permanente, capacité à entrer en relation avec d'autres États, les quatre critères de la convention de Montevideo de 1933 — mais ne sont reconnus que par une partie de la communauté internationale.
- Le Kosovo, indépendant unilatéralement depuis 2008, reconnu par une centaine d'États mais pas par la Serbie, la Russie ou la Chine.
- Taïwan (République de Chine), qui dispose de tous les attributs d'un État, mais dont la reconnaissance diplomatique s'est réduite à une poignée de pays, la République populaire de Chine posant la reconnaissance exclusive comme condition de ses relations diplomatiques.
- La République arabe sahraouie démocratique (Sahara occidental), reconnue par plusieurs dizaines d'États et membre de l'Union africaine, mais dont le territoire est très majoritairement sous contrôle marocain.
- Des entités reconnues par un ou deux États seulement, voire aucun : Abkhazie, Ossétie du Sud, Transnistrie, Chypre du Nord, Somaliland.
Selon ceux que l'on inclut, on arrive à 196, 197, 198… Le chiffre 197, assez répandu, correspond en général à 195 + Kosovo + Taïwan.
Les Îles Cook et Niue sont des États en libre association avec la Nouvelle-Zélande. Ils ne sont pas membres de l'ONU, mais l'ONU leur reconnaît la pleine capacité à conclure des traités, et ils sont membres à part entière de plusieurs agences onusiennes comme l'UNESCO ou l'OMS. Beaucoup de juristes les comptent donc comme États souverains — ce qui donne 197 par un tout autre chemin que Kosovo + Taïwan.
249 : les codes ISO 3166
Si vous avez déjà rempli un formulaire en ligne, vous avez rencontré la norme ISO 3166-1 : la liste des codes pays à deux lettres (FR, DE, JP) et trois lettres (FRA, DEU, JPN). Elle compte environ 249 entrées, car elle ne cherche pas à recenser des États : elle recense des zones ayant besoin d'un code postal, douanier ou informatique distinct.
On y trouve donc le Groenland (territoire autonome danois), Porto Rico (territoire américain), la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, Hong Kong et Macao (régions administratives spéciales chinoises), Gibraltar, les Îles Féroé, l'Île de Man, et jusqu'à l'Antarctique, qui n'appartient à personne.
À l'inverse, la Guyane française n'a pas de code séparé dans la plupart des usages courants : c'est un département français, au même titre que la Corrèze.
| Source | Nombre | Ce qu'elle compte |
|---|---|---|
| ONU (membres) | 193 | États souverains admis à l'Assemblée générale |
| ONU (+ observateurs) | 195 | Les 193, plus le Saint-Siège et la Palestine |
| Usage courant élargi | 197 | Les 195, plus Kosovo et Taïwan (ou Cook et Niue) |
| Comité international olympique | 206 | Comités nationaux, dont territoires et Taipei chinois |
| FIFA | 211 | Associations de football, dont Écosse, Pays de Galles, Tahiti |
| ISO 3166-1 | ≈ 249 | Toute zone nécessitant un code distinct, États ou non |
Pourquoi la FIFA compte 211 pays
Le sport est le meilleur révélateur de l'arbitraire du décompte. La FIFA reconnaît 211 associations nationales, parce que le football s'est organisé bien avant la décolonisation et a conservé ses structures d'origine : le Royaume-Uni aligne quatre équipes — Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord — puisque ce sont ces fédérations qui ont codifié le jeu au XIXe siècle. S'y ajoutent des territoires comme Tahiti, les Îles Féroé ou Gibraltar.
Le Comité international olympique, lui, en compte 206, avec ses propres conventions : Porto Rico défile séparément des États-Unis, Hong Kong séparément de la Chine, et Taïwan sous le nom de « Taipei chinois ».
Alors, quel chiffre utiliser ?
- Dans un devoir, un article, un quiz : 195, en précisant « 193 membres de l'ONU et 2 États observateurs ». C'est la formulation la plus sûre, celle qui montre que vous savez pourquoi le chiffre est ce qu'il est.
- Pour un raisonnement strictement juridique : 193.
- Pour un développement informatique : ISO 3166-1, sans chercher à trancher la question politique — c'est précisément l'intérêt de la norme.
- Si quelqu'un vous affirme un chiffre unique et définitif : demandez-lui simplement s'il compte le Kosovo. La conversation devient tout de suite plus intéressante.
GeoG s'appuie sur les 195 pays de la liste ONU élargie aux observateurs. C'est le compromis que retiennent la plupart des atlas : assez large pour ne rien omettre d'incontestable, assez strict pour rester vérifiable.
Vous les connaissez, ces 195 pays ?
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